Miroir culturel #1 : La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate

De son titre original The Handmaid’s Tale, La servante écarlate est un roman d’anticipation écrit en 1985 par l’auteure canadienne Margaret Atwood et édité en France pour la première fois deux ans après chez Robert Laffont. Bien que déjà connue internationalement, c’est cette année que l’oeuvre a connu une nouvelle vague de succès incroyable, puisqu’elle a été adaptée en série télévisée aux États-Unis par Bruce Miller pour la plateforme de vidéo à la demande Hulu avec à l’affiche Elisabeth Moss. Le roman avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique américano-allemande en 1990 par Volker Schlöndorff avec Natasha Richardson dans le rôle titre. Après avoir regardé la série en direct des États-Unis, j’ai décidé de me lancer dans la lecture de l’oeuvre originale, puis dans le visionnage du film…

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient encore le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Livre (1985) :
Film (1990) :
Série (2017) :

Il est évident que voir un film vieux de plus d’un quart de siècle aujourd’hui rend celui-ci plutôt fade à côté du chef-d’oeuvre de Bruce Miller cette année. Ce qui m’a le plus dérangé dans le film a été le manque d’explications quant au contexte : on ne sait pas pourquoi ni comment la situation en est arrivée là. Alors que le livre et la série mettent en scène des flashbacks permettant de s’attacher aux personnages secondaires, le film n’a pas le temps, en seulement 1h40, de s’attarder sur le passé. C’est dommage, car, à cause de ça, on perd en profondeur et on reste dans le superficiel, l’apparence. Si je ne connaissais pas l’histoire originelle, je pense que je n’aurais pas compris la moitié du film… Alors que dans la série, tout nous est expliqué. Cependant, il manque deux choses à la série (mais aussi au film) : les Éconofemmes et l’aspect touristique de Gilead. Mais je pense, ou plutôt j’espère, qu’ils seront abordés dans la saison 2 (oui, il y aura bien une saison 2 !), surtout le deuxième point, qui m’a beaucoup marqué dans le roman. La série a fait le choix intéressant et pertinent d’intégrer une voix off, celle de June/Offred, ce qui accentue de nouveau le côté oppressant de cette nouvelle société, ce que n’a pas fait le film, et c’est regrettable : nous aurions pu apprendre et surtout comprendre bien plus de choses !

En dix heures de série, il était donc plus facile de transmettre l’oppression ressentie par les femmes, de détailler les histoires de chaque personnage et d’expliquer la situation, que dans un film d’1h40. Comment s’attacher à des personnages comme Moira et Luke par exemple ? Même le personnage principal, rebaptisée Kate dans le film, au lieu de June dans le livre et la série, manque de présence à l’écran. Quant aux autres personnages, ils ne sont que survolés et franchement moins impressionnants et puissants. À travers le regard d’Elisabeth Moss, on ressent beaucoup plus de choses qu’à travers celui de Nathalie Richardson (Offred), Faye Dunaway est beaucoup moins glaçante que Yvonne Strahovki (Serena), Aidan Quinn est bien insipide face à Max Minghella (Nick). Seul Robert Duvall dans le rôle du Commandant est à la hauteur, mais il faut avouer que Joseph Fiennes est aussi très convainquant dans la série. Elizabeth McGovern est elle aussi plutôt bonne dans la peau de Moira, mais Samira Wiley est bien un cran au dessus. Ce que j’ai clairement préféré dans le film, par contre, c’est la Cérémonie. Alors que dans la série Offred est complètement passive et résignée, dans le film elle se débat et gémit, ce qui est plus proche de la version papier de l’oeuvre (on voit même Serena planter ses ongles dans les poignées d’Offred, comme dans le roman). Si cette version du viol est plus proche de l’histoire de Margaret Atwood, j’ai cependant trouvé la version série plus violente que la version film, justement à cause de sa passivité et de sa résignation.

Le film de Volker Schlöndorff n’est pas mauvais en soi, il a juste extrêmement mal vieilli (déjà 27 ans !), alors forcément, après avoir l’adaptation moderne, difficile de ne pas être déçue. C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attends la saison 2 de la série, mais aussi un peu d’appréhension, puisque la première saison s’est arrêtée là où le livre s’est terminé. Il faudra donc que les scénaristes soient à la hauteur du talent de Margaret Atwood…

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3 réactions à propos de cet article

  1. « Ce que j’ai clairement préféré dans le film, par contre, c’est la Cérémonie. Alors que dans la série Offred est complètement passive et résignée, dans le film elle vit un véritable viol, elle le décrit d’ailleurs comme tel. »

    Qu’est ce qu’un /véritable/ viol ? La passivité et la résignation coupe donc toute légitimité à parler d’un viol ? Le viol dans le film est donc /plus/ un viol que celui de la série ? En tant que victime, j’en ai aussi assez de la sur-dramatisation des scènes de viol, comme un panneau indicateur : ceci est mal. Non. Ça peut aussi passer, ça DOIT passer par la simple horreur de la situation. Ce que vit Offred dans la série est tout autant un viol, ce n’est pas l’attitude de la victime qui fait l’agression. Mais l’agression elle même.

    Attention à vos mots.

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    1. J’ai dit que dans le film elle le vivait comme un viol, pas que dans la série ça n’en était pas un. Dans la série, elle dit d’ailleurs elle-même qu’elle est résignée, d’où l’emploi de ce terme dans mon article.

      Quand je parle de « véritable » viol, je parle donc d’un ressenti de la part d’Offred, pas de l’acte en lui-même. Évidemment que dans la série c’est un viol aussi, il est clair qu’elle n’est pas consentante, même si elle ne dit rien. (D’ailleurs, chose que je n’ai pas précisé dans mon article et que je vais ajouter de ce pas, j’ai trouvé plus violente sa représentation dans la série que celle dans le film, justement à cause de la passivité du personnage.)

      En tout cas, je n’ai jamais dit que l’un était moins un viol que l’autre et je suis désolée si tu l’as compris comme ça, je me suis probablement mal exprimée. Je vais donc changer ma phrase afin d’être plus claire, je n’ai vraiment pas envie que les gens le comprennent comme ça alors que c’est tout le contraire de ma pensée !

      Merci de ton commentaire ! 😉

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